Aurillac dépassé par son succèsLE MONDE | 19.08.06 | 14h49 • Mis à jour le 19.08.06 | 14h49
Pendant quatre jours, la paisible ville d'Aurillac (Cantal) a vécu dans l'effervescence, au rythme de son Festival international de théâtre de rue qui devait s'achever samedi 19 août. Ce festival, dont la 21e édition a débuté mercredi 16 août, rivalise avec celui de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), placé sur le même créneau. A cette occasion, la population de la cité auvergnate a triplé, pour atteindre les 100 000 personnes.
Le succès est assuré par la présence de deux festivals simultanés. Le premier, officiel, invite seize compagnies et dix-huit spectacles. Le second accueille cinq cents compagnies de passage, sans aucune sélection préalable. Ce qui représente un défi pour les organisateurs, qui doivent gérer la présence de 1 830 artistes, dont certains ont parfois signalé leur arrivée au dernier moment.
Avec 634 représentations par jour pour le seul festival des compagnies de passage, le public ne sait plus où donner de la tête. "Certains spectacles sont débordés tandis que d'autres ont du mal à trouver un public, explique Jean-Marie Songy, le directeur artistique du festival. C'est la loi du bouche-à-oreille qui, très vite, opère la sélection à Aurillac."
Une centaine de lieux - places, parcs, squares et cours d'écoles - sont réquisitionnés dans la ville pour accueillir les représentations. Depuis quatre ans, la direction du festival peine à trouver un financement suffisant pour tenter de mettre en conformité ces endroits qui ne sont pas destinés à accueillir une telle foule.
Son budget, environ 950 000 euros, n'a pas été augmenté depuis trois ans en dépit de la forte affluence du public et de l'avalanche des compagnies. "Nous traversons une période difficile, poursuit Jean-Marie Songy. Il faut que les institutions prennent conscience que le festival coûte de plus en plus cher. Et malheureusement, c'est toujours au détriment de la création, le seul budget à être modulable, que l'on peut faire des économies."
Seules les compagnies du festival officiel sont rémunérées. Les autres doivent s'autofinancer et viennent à Aurillac dans le but de rencontrer professionnels et programmateurs. Cet investissement personnel n'est relayé que par la diffusion d'un programme quotidien des représentations des compagnies de passage. Ces dernières ne sont-elles pas trop nombreuses ? Pour Jean-Marie Songy, "il n'est pas question d'établir une sélection dans les compagnies. Si l'affluence pose des problèmes de gestion, elle est très stimulante".
D'après les premières estimations, la fréquentation du 21e festival aurait augmenté de 20 % par rapport à 2005.
Claire Frayssinet
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Accueillant cette année près de 600 spectacles, le Festival de théâtre de rue s'est achevé samedi.
Par Mathilde LA BARDONNIE
QUOTIDIEN : Lundi 21 août 2006 - 06:00
Aurillac envoyée spéciale
Aurillac, capitale du parapluie. Non, pas Cherbourg, Aurillac, et depuis des siècles ! Le détail a son importance, vu la météo du mois... Il a plu sur le Festival d'Aurillac, dru et longtemps. Vingt et un ans que cela dure. La foire du théâtre de rue, pas la pluie. Aurillac reste un point de rassemblement, plus rituel et plus vaste encore que celui de Chalon-sur-Saône : les compagnies de passage y proposent 600 spectacles pour un public allant jusqu'à 30 000 personnes par jour. Et ceci à la marge, en off, d'un festival officiel, dirigé depuis seize ans par Jean-Marie Songy, qui, lui, invitait seize compagnies.
Terminée samedi soir, la fête de quatre jours avait été inaugurée par une traditionnelle grande parade, toujours renouvelée, qui, elle-même, succédait aux «préalables», c'est-à-dire la présentation de certains des spectacles dans les localités avoisinantes les jours précédents l'ouverture. Une délocalisation épaulée par les municipalités : les adjoints aux fêtes et cérémonies aiment à prêter leur concours aux grands chamboulements que nécessite l'accueil de spectacles de rue. Et le public accourt.
Façon polar noir. Ici, c'est d'abord l'entrain et la curiosité de spectateurs venus de tous les horizons qui étonne. Quoiqu'il se produise, d'une cour d'école ou à un coin de rue, une foule de badauds se forme : étrange public mélangeant familles avec poussette, «acheteurs» de spectacles pour les municipalités ou les collectivités locales, et «itinérants» en cuir noir, canette de bière à 9 degrés en main et berger allemand en laisse. C'est à l'intention de ces derniers que chaque matin, à cinq heures, le curé de Notre-Dame-aux-Neiges (un vrai curé) s'élance dans la rue, servant café et harangues diverses, notamment sur le thème «Nous ne sommes pas des racailles», et discourant sur l'usage des préservatifs. Interventions au cours desquelles réapparaissait, ubiquiste, Jean-Marie Songy, venant rappeler à tous à quel point la ville faisait bon accueil au festival. Ce dernier a songé à en céder la direction, mais il va peut-être rester puisque sa candidature à la direction du «104» (rue d'Aubervilliers, à Paris), site des anciennes Pompes funèbres devenues centre culturel, ne semble pas aboutir.
Il pleuvait (encore) le matin où l'on a écouté ces harangues. On avait entamé la journée, dès quatre heures du mat', par une déambulation autour du spectacle Toro présenté par la compagnie Oposito, quelque chose entre flamenco et métaphore de corrida, avec bêtes à cornes géantes démultipliées et roulantes. Autant d'impressionnantes sculptures de métal forgé, avec yeux électriques rouges sur selles de bicyclette à la Picasso, avançant dans des crachements d'étincelles et des jaillissements de fumerolles jusqu'à une parade sensuellement dansée sur la place d'armes, où apparaissait un mastodonte fictif, avec la musique qui crachait à fond.
Spongy disait aussi : «Pas question que le festival devienne une vaste bodega, Aurillac n'est pas une fête de la musique», soucieux de ce que l'on ne monte dans la ville aucun podium. Pas d'amplis, hormis ceux des fanfares. Plutôt des estrades improvisées et des lieux de spectacle inventés, ici dans une cour d'immeuble, là dans un parking, en passant par les abords de la gare, où se déroulaient les promenades façon polar noir de la compagnie Délices Dada. La troupe des Souffleurs s'abritait de la pluie sous le préau d'un auguste collège afin de mieux distiller à l'oreille du spectateur, assis dans une chaise longue, des vers chuchotés à travers un long tuyau. Dans la journée, c'est sous forme de «commandos poétiques» que ce groupe d'une quinzaine de murmureurs envahissait la cité. Quant à la Compagnie Dakar, c'est dans une ancienne déchetterie, aux lisières de la ville et comme au milieu de nulle part, qu'elle a présenté neuf personnages errants rôdant entre désespoir et rage mortifère. S'enterrant progressivement dans un monticule meuble et sinistre, sans parole. Une ode à la violence et à la disparition sans pardon. Le spectacle triste et prenant s'intitule Braakland ; il est mis en scène par Guido Kleene et fait suite à Général D, qui évoquait les Casques bleus au Rwanda. Pour cette nouvelle création, la Compagnie Dakar a travaillé à partir des livres de J.M. Coetzee, prix Nobel de littérature sud-africain.
S'il n'avait pas tant plu, nous aurions pu marcher à travers le jardin peuplé par la Compagnie Carabosse, déjà admiré au Festival de Chalon-sur-Saône (Un jour, c'était la nuit...). S'il n'avait pas tant plu, on aurait ri du public attendant devant le théâtre municipal un improbable spectacle de Shakespeare (Beaucoup de bruit pour rien) et râlant contre les portes closes et l'annulation. Trépignement gaguesque mis en scène par la compagnie 26 000 Couverts.
Music-hall surréaliste. Mais il tombait des hallebardes, alors on s'est consolé sous un chapiteau en la belge compagnie des comédiens-magiciens-chanteurs-clowns de la troupe Arsenic qui donnaient avec Eclats d'Harms Cabaret, une heure et demie de music-hall allégrement surréaliste, très vaguement inspiré de l'univers du poète russe Daniil Harms (1905-1942).
Enfin, comme il pleuvait toujours, on a demandé des nouvelles du Centre international de création artistique de recherche et de rayonnement pour le théâtre de rue. C'est une structure permanente qui accueille des compagnies en résidence, non loin de la ville, et qui s'appelle... le Parapluie. Les comédiens de la compagnie Brut de béton, attelés à un spectacle sur Tchernobyl, viennent d'y séjourner.